Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Afrique


Un mort, ça va ... (Black Star Nairobi)

Black Star Nairobi est la deuxième enquête menée par le détective américano-kenyan Ishmael et son compère O, né lui en Afrique. Le cadre est précis : le Kenya de 2006-2007 après des élections présidentielles qui ont provoqué des massacres inter-ethniques, avec la menace d'un scénario à la rwandaise. Et dans le même temps, en Amérique, un certain Obama annonce sa candidature. Le livre se tient tant qu'il n'est question que de la situation kényane, explosive, après un attentat meurtrier et de la traque des supposés terroristes. Mais le roman s'emballe, se délocalise un temps au Mexique et aux Etats-Unis et évoque une grande manipulation géopolitique qui laisse pantois et plutôt incrédule. Difficile à avaler, autant d'ailleurs que la violence permanente de ce thriller où tout le monde tue, sans trop se poser de questions. Un mort ça va, mais au bout du dixième crime de sang, qu'il soit commis par les méchants ou par nos amis Ishmael ou O, la coupe est pleine. C'est dommage car tant qu'il n'était pas mondialisé et nous parlait d'un Kenya sorti des clichés touristiques, Black Star Nairobi suscitait un réel intérêt, malgré un style pas vraiment marquant. Mais ce n'est hélas qu'un tiers du livre, pas davantage.

 

 

L'auteur :

 

Mukoma Wa Ngugi est né en 1971 aux Etats-Unis. Il a publié là où meurent les rêves.

 


17/07/2019
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Du rêve à la réalité (La société des rêveurs involontaires)

Déjà traduit 8 fois en français, l'angolais José Eduardo Agualusa est un auteur majeur du continent africain, apprécié comme il se doit dans les pays lusophones, et bien au-delà. La société des rêveurs involontaires est peut-être le meilleur de ses romans, celui en tous cas qui réussit à tenir majestueusement en équilibre entre onirisme réalisme, passant sans difficulté du rêve à la réalité. Le splendide titre du livre évoque plusieurs personnages dont un particulièrement, qui a le "don" d'apparaître dans les songes nocturnes de ceux qu'il côtoient, dans une veste violette du plus bel effet. Il y a de très beaux passages, dignes du réalisme magique latino-américain, consacrés à cet ancien guérillero devenu modeste hôtelier. Mais les temps de la guerre et de l'indépendance puis le passé récent de l'Angola sont également très présents, illustrant le versant réaliste du roman. Et Agualusa ne se prive pas de s'attaquer avec virulence à la corruption qui sévit dans son pays et qui nourrit une dictature sans pitié avec ses opposants. En reliant les deux principales thématiques du livre, apparait en fin de compte l'idée que quoi qu'il fasse, un gouvernement autoritaire ne pourra jamais empêcher son peuple de rêver et de croire en des lendemains moins désenchantés.

 

 

L'auteur :

 

José Eduardo Agualusa est né le 13 décembre 1960 à Huambo (Angola). Il a publié 12 romans dont Le marchand de passés, Les femmes de mon père et Barroco tropical.

 


19/06/2019
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Cinquante nuances de noir (Ma sœur, serial killeuse)

Ma sœur, serial killeuse : voici un titre qui donne envie de lire (ou pas) selon son attachement au genre du thriller plus ou moins sanglant. Bonne nouvelle : le premier roman de la nigériane Oyinkan Braithwaite échappe aux éventuels clichés de la catégorie et a a de bonnes chances de plaire aux amateurs de romans noirs judicieusement saupoudrés d'humour de la même teinte. Nous sommes en plein drame avec cette jeune femme qui met radicalement fin à ses histoires d'amour et qui oblige sa sœur (la narratrice du livre) à intervenir pour éviter la prison à la malheureuse aussi jolie qu'inconsciente (d'autres qualificatifs, moins amènes, sont possibles). En plein drame, donc, mais aussi dans une comédie anthracite qui se fiche bien de la morale face aux valeurs de la sororité. Cinquante nuances de noir cohabitent dans ce roman jubilatoire, aux chapitres courts, au style visuel et efficace et au rythme effréné, ce qui ne l'empêche de dresser un tableau édifiant d'une certaine société, plutôt privilégiée, de Lagos. Dans Ma sœur, serial killeuse, les hommes sont soit stupides soit assassinés. Et souvent, les deux à la fois. Et ce n'est pas le moindre des plaisirs que de voir le machisme ambiant ridiculisé et martyrisé ! La quatrième de couverture évoque une oeuvre aussi mordante que glaçante mais elle est surtout délicieusement divertissante.

 

 

L'auteure :

 

Oyinkan Braithwaite est née en 1988 au Nigeria. Elle a publié plusieurs nouvelles.

 


27/04/2019
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La rumeur court (La nuit de noces de Si Béchir)

Délicatesse et clarté du style, ironie malicieuse pour combattre l'hypocrisie sociale et amour des femmes qui s'exprime à travers la sensualité, telles sont quelques-unes des caractéristiques de Habib Selmi, un auteur tunisien d'expression arabe, traduit avec bonheur chez Actes Sud : Les humeurs de Marie-Claire, Souriez, vous êtes en Tunisie, etc. Son dernier roman, La nuit de noces de Si Béchir, est tout à fait représentatif de son art pour un sujet, la virginité, autour duquel se cristallisent des structures mentales, sociales et religieuses rétrogrades. L'action du livre se déroule dans un village isolé de Tunisie où les échos de la révolution parviennent de façon assourdie mais semblent malgré tout libérer l'animosité contre les citoyens considérés comme nantis. Ceci explique sans doute la rumeur qui court à propos du dénommé Béchir dont il se murmure que quelques années plus tôt, lors de sa nuit de noces, il aurait été suppléé par son meilleur ami, Mustafa. A partir de cette fausse nouvelle (mais qui cache un autre secret), Habib Selmi construit une suite de scènes, le plus souvent à deux personnages, où apparaissent non seulement Béchir et Mustafa mais aussi leurs deux épouses ainsi que le beau-père et la belle-mère du premier. La trame est ténue mais jamais le livre ne tourne en rond, riche sur le plan psychologique et serti d'un humour narquois pour mieux dénoncer quelques tabous sociaux ou religieux. Plus que jamais, il y a chez Selmi cette double qualité de conteur oriental et de moraliste qui fait joliment mouche.

 

 

L'auteur :

 

Habib Selmi est né en 1951 à Kairouan (Tunisie). Il a publié 8 romans dont Les humeurs de Marie-Claire et Souriez, vous êtes en Tunisie.

 


19/04/2019
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Les nuits de Niamey (Le roi des cons)

Le roi des cons, du nigérien Idi Nouhou, vaut mieux que son titre trivial. Sous des dehors de confession naïve d'un personnage pris entre deux feux féminins, il s'avère même subtil et fort agréable à lire. Ce triangle amoureux comportant un modeste professeur, une femme fatale et une épouse dévouée n'est pas vraiment aussi simple qu'il semble l'être, du moins en ce qui concerne les deux femmes dont l'apparence et le comportement se révèlent finalement aux antipodes de leur véritable caractère pour le plus grand malheur du narrateur qui finira comme le roi de ce que vous savez. Le roman, qui est le premier d'un auteur de contes et de pièces de théâtre est bref (moins de 120 pages) et aucunement renversant de par son style mais n'en est pas moins marquant par son ironie et surtout sa manière de culbuter la plupart des clichés véhiculés en Occident sur l'Afrique, sur des thèmes tels que la condition féminine, la religion ou le poids des traditions. Le roi des cons est par ailleurs un divertissant guide de la vie nocturne à Niamey et n'hésite pas, au détour d'une phrase, à évoquer sans ambages la corruption, la mondialisation ou la post-colonisation. Savoureux, mais aussi mélancolique, léger, tout en étant relativement dense, le livre, préfacé par Marie Darrieusecq, n'a pas la prétention de concurrencer les grosses sorties littéraires de ce printemps mais il serait bien dommage de le négliger.

 

 

L'auteur :

 

Idi Nouhou est né le 21 novembre 1964 au Niger. Il a publié des contes et des pièces de théâtre.

 


13/04/2019
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Portraits marocains (Loin du vacarme)

La collection Sindbad, chez Actes Sud, a permis de découvrir des écrivains de langue arabe originaires de pays à la littérature mal connue en nos contrées (euphémisme) : Arabie Saoudite, Irak, Syrie, Yémen, Koweït, etc. Mais elle ne néglige pas pour autant les auteurs marocains ou égyptiens, par exemple, qui ne sont guère plus célèbres chez nous. Ainsi Mohamed Berrada, dont plusieurs livres ont déjà été traduits en français et qui a également présidé l'Union des écrivains marocains durant quelques années. Malgré cette notoriété, son prénom et son patronyme fluctuent parfois au gré des sites sur internet : Muhammad ou Mohammed Barada, par exemple. Actes Sud le fait naître à Rabat et Wikipédia à Marrakech. Bon, c'est au Maroc, c'est une certitude, et Loin du vacarme est tout entier consacré au pays de l'auteur, à travers ses trois personnages principaux qui entrent en scène, chacun à leur tour, avec leur témoignage recueilli par un narrateur qui explique d'emblée qu'il a voulu écrire un roman à partir d'une étude menée à des fins historiques et sociologiques. Le sujet est donc le Maroc, depuis son indépendance, et son déficit chronique de démocratie. Le livre apprend beaucoup de choses sur un plan historique, c'est un fait, mais déçoit par son architecture trop construite et un mélange pas toujours très réussi entre chronique politique et épisodes plus romanesques (assez souvent sentimentaux). On aurait aimé vibrer davantage devant chaque portrait mais ils ne sont finalement qu'esquissés et ne semblent exister que pour raconter les espoirs sans cesse déçus du peuple marocain pour plus de liberté et moins d'oppression. Une lutte qui se poursuit toujours aujourd'hui.

 

 

L'auteur :

 

Mohamed Berrada est né en 1938 à Rabat. Il a notamment publié Le jeu de l'oubli et Vies voisines.

 


10/03/2019
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Livres et mystères (La bibliothèque enchantée)

Initialement publié en 2010, en langue arabe, le premier roman de l'égyptien Mohammad Rabie vient d'être traduit en français chez Actes Sud, dans la précieuse collection Sindbad. C'est un livre assez différent de ceux que l'on a l'habitude de lire quand on fréquente depuis un certain temps les écrivains cairotes. Pas de fresque sociale ici mais une histoire qui peu à peu se pare d'atours fantastiques, non sans constituer une critique assez cinglante du fonctionnariat à l'égyptienne. Le récit se partage entre deux narrateurs, Chaher, employé de ministère qui doit enquêter sur une bibliothèque oubliée du Caire (avant sa destruction programmée), et Sayyid, vieil intellectuel habitué du lieu. Ceci posé, il n'y a pratiquement pas de progression narrative, le personnage principal étant cette bibliothèque, son fonctionnement étrange, ses méthodes de classement aléatoires et la rareté des ouvrages qu'elle abrite. On aimerait en savoir un peu plus sur les deux personnages principaux de La bibliothèque enchantée mais l'auteur ne s'attache à rien d'autre qu'à son sujet central, avec uniquement des protagonistes masculins. C'est un peu frustrant quand on espérait davantage autour du quotidien d'habitants "moyens" du Caire. Le fait que le livre s'éloigne de plus en plus du réalisme et se termine de manière confuse n'aide pas à chasser le désarroi d'un lecteur qui attendait mieux et plus.

 

L'auteur :

Mohammad Rabie est né en 1978 au Caire. Il a publié 3 romans.

 


14/01/2019
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Paris-Dakar (Je suis quelqu'un)

Le grand secret qui innerve le premier roman d'Aminata Aidara est révélé dès ses premières pages. Du moins le croit-on jusqu'à la découverte de la vérité, à la fin du livre. Ne pas croire cependant que Je suis quelqu'un soit un récit à suspense. La romancière a plutôt essayé de tisser une histoire familiale à fortes connotations sociales qui explore la psychologie complexe d'une mère et d'une fille ainsi que d'autres personnages qui gravitent autour d'elles sur un axe Paris-Dakar. Le journal intime de la première et les confessions de la seconde se déploient au fil des pages dans une architecture narrative qu'on a parfois du mal à assimiler. Indubitablement, l'auteure, italo-sénégalaise, possède un vrai style et un vocabulaire étendu. Au point qu'il y a un véritable décalage entre ce que sont ses héroïnes et la façon, sophistiquée et littéraire, dont Aminata Aidara les fait s'exprimer. Comme si elle les contraignait à utiliser ses propres mots d'écrivaine, bien trop raffinés. C'est une impression toute personnelle, qui paraîtra peut-être étrange à certains lecteurs, mais le livre est de ceux qui semblent refuser leur liberté aux créatures qu'il a créé. C'est une sensation étrange et presque impossible à expliquer. Le caractère polyphonique de Je suis quelqu'un ne fait qu'ajouter à ce sentiment d'une certaine confusion et d'incompréhension pour un roman que l'on peut admirer pour son écriture mais trouver malgré tout fastidieux par moments et de toute manière trop empreint d'une recherche évidente d'aboutir à une oeuvre littéraire au détriment d'une histoire qui aurait pu être moins sinueuse et plus directe dans son déroulement.

 

 

L'auteure :

 

Aminata Aidara est née le 20 mai 1984. Elle a écrit plusieurs nouvelles en italien et en français.

 


25/12/2018
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Foutu capharnaüm (Magma Tunis)

Les touristes ayant passé quelques jours dans la capitale tunisienne ne la reconnaîtront sans doute pas dans le premier roman d'Aymen Gharbi, Magma Tunis. Car la ville est décrite comme un foutu capharnaüm, vision à la fois réaliste, intime et fantasmée. Une cité envahie par les chats, obsédée par le terrorisme, agitée par la répression policière, animée par des happenings d'art contemporain, etc. Le livre de Gharbi, au ton souvent sardonique, est autant un ouvrage de sociologue ou de chroniqueur que de romancier. Car il faut bien avouer que les digressions y sont nombreuses dans une intrigue qui passe sans coup férir d'un personnage à un autre composant une vaste tapisserie sociale dans une ville où la révolution ne semble pas avoir changé le chaos ambiant. Le portrait acerbe d'une ville se double d'un croquis non moins pessimiste sur la jeunesse tunisoise, revenue de tout et ne croyant plus en rien. Le style du livre brille par son humour et sa fantaisie mais le récit se perd quelque peu dans un labyrinthe d'événements déconcertants qui ont du mal à s'enchaîner avec une quelconque logique. Le voyage n'est pas désagréable, surtout au début du roman, mais le risque de s'y égarer, faute de boussole, est avéré.

 

 

L'auteur :

 

Aymen Gharbi est né en 1981 en Tunisie. Il écrit dans différents médias.

 


10/11/2018
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Blessures africaines (Les cigognes sont immortelles)

Après Petit Piment, Alain Mabanckou revient de nouveau dans sa chère ville de Pointe-Noire avec Les cigognes sont immortelles, au fort goût autobiographique. L'écrivain avoue d'ailleurs dans ses interviews que ce roman est une sorte de "chaînon manquant" dans son oeuvre, celui qui ne pouvait être écrit qu'après tous les autres. Le livre se concentre sur 3 journées, en mars 1977, celles qui ont suivi le meurtre du président du Congo-Brazzaville, Marien N'Gouabi. C'est à hauteur d'un enfant de 11 ans que Mabanckou nous raconte une histoire familiale impactée par l'épuration qui a suivi cet assassinat. Avec un style inimitable, gouailleur et empreint d'innocence, devant des rebondissements imprévus pour ce garçon, tant dans sa sphère proche que dans un environnement politique qu'il essaie de comprendre. Et les personnages qui l'entourent sont inoubliables : père, mère, oncle mais aussi un chien qui s'enfuit sans demander son reste en apprenant à la radio ce qui est arrivé au président (sic). A travers une plume apparemment légère, l'écrivain franco-congolais évoque avec force les ravages du colonialisme et l'instabilité et versatilité des dictatures qui ont suivi les indépendances africaines. A l'aide de cercles concentriques, le roman part d'une foyer congolais, s'étend à un quartier, à une ville, à un pays et plus largement à un continent tout entier. Et Mabanckou de rappeler au passage que la plupart des grands hommes de progrès de cette époque (par exemple Lumumba) ont été assassinés avec la complicité de l'occident. Derrière l'humour de Les cigognes sont immortelles, il y a une blessure originelle de l'Afrique qui n'a sans doute pas cicatrisé aujourd'hui. Ce message ne s'oppose pas, loin de là, à l'écriture chatoyante, débridée et picaresque d'un livre souvent irrésistible où l'on découvre le quotidien du Congo sous un régime marxo-léniniste vu à travers le regard d'un gosse intrépide que la candeur ne peut plus protéger. Avec ses multiples lectures et son impressionnante fluidité narrative, Les cigognes sont immortelles ne serait-il pas le roman le plus accompli et même simplement le meilleur d'Alain Mabanckou ?

 

 

L'auteur :

Alain Mabanckou est né le 24 février 1966 à Pointe-Noire (Congo). Il a publié 12 romans dont verre cassé, Black Bazar et Petit piment.

 


10/10/2018
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